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Les nationalistes français face au conflit ukrainien

C’est un fait indéniable : le conflit opposant en Ukraine les pro-russe aux « nationalistes ukrainiens » ou plus généralement aux partisans de la souveraineté ukrainienne divise la « mouvance nationale » française – dont les oppositions internes idéologiques sont déjà nombreuses.

Alors que certains soutiennent ouvertement la Russie de Poutine au nom de considérations géopolitiques et/ou parce que cette nouvelle Russie incarne désormais un espoir de renaissance civilisationnelle pour l’Europe – ou l’Eurasie – d’autres se placent sans concessions dans le camp du « nationalisme ukrainien »

Avant d’évoquer en quoi ce conflit sert les intérêts euromondialistes, et plus généralement de l’occident libéral, soulignons tout de même le cas particulier des patriotes français qui, militants infatigables de la cause Yougoslave lorsque celle ci fut plongée dans un bain de sang par le binôme ONU-OTAN, brandissent désormais le drapeau ukrainien.

Les faits actuels devraient pourtant évoquer quelques souvenirs : en 1992 avec l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine puis en 1998 avec le Kosovo, la Serbie, nation slave et orthodoxe héritière de la fédération Yougoslave se voyait attaquée de toutes part par les forces « séparatistes » soutenue par l’Occident au nom du « droit des peuples à disposer d’eux mêmes – droit qui fut refusé aux serbes orthodoxes lorsqu’ils voulurent fonder une « république Srpska » indépendante en 1992 afin de se protéger des conséquences de la naissance de l’état bosniaque.

Au Kosovo en 1998 l’UCK se voyait soudainement retirée de la liste des organisations terroristes  par les USA et l’Europe, et Kouchner fraternisait avec ses leaders dont on devait plus tard découvrir l’implication dans un trafic d’organes et de drogues – aucune condamnation devant le TPIY bien entendu.

Certains s’étonnèrent à l’époque de voir les puissances de la « démocratie libérale » soutenir des nations – bosniaque et albanaise – qui combattirent avec tant d’ardeur sous la bannière allemande lors de la seconde guerre mondiale ; Léon Degrelle dans son opuscule « appel aux jeunes européens » rédigé à l’époque du conflit bosniaque tient sur le sujet un discours étonnamment proche de celui des élites de l’époque, hostile aux serbes accusés de génocide et d’être les agents de la Russie rouge, et solidaire avec le peuple bosniaque….

Quoi qu’il en soit le dépeçage de la Serbie se poursuivit avec succès jusqu’en 2010, date de la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, là encore avec l’autorisation plus ou moins officielle des institutions internationales. Ainsi les USA ont ils garanti – entre autres – la pérennité du Camp Bondsteel construit en 1999 après les bombardements de l’OTAN, plus grande base américaine dans la zone des Balkans.

Nous pouvons et devons également citer la situation tchétchène, où les milices d’égorgeurs islamistes wahhabites ont largement bénéficié du soutien de l’Oncle Sam (mais aussi bien entendu des pays du Golfe) pour tenter d’affaiblir la Russie. Ce fut notamment le cas du groupe djihadiste que dirigea Chamil Bassaïev dans les années 90.

Pourquoi évoquer les guerres de Bosnie, du Kosovo ou de Tchétchènie ? Tout simplement parce que le conflit en Ukraine s’inscrit dans une même logique d’encerclement de la Russie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certains hauts dirigeants du « nationalisme ukrainien » tels que Oleg Tiagnibok et Dmitri Iaroch ont combattu dans les années 90 aux cotés des  terroristes wahhabites tchétchènes[i]. Ces anciens compagnons de lutte des islamistes se retrouvent aussi bien dans les rangs de Svoboda que de Pravy Sektor, et n’ont pas hésité à lancer un appel aux terroristes tchétchènes leur demandant de se livrer à des attentats sur le sol russe.[ii] Un appel auquel Ramzan Kadyrov, l’homme fort de Tchétchénie s’était d’ailleurs empressé de répondre par une solide démonstration de force, lors de laquelle il montra le visage d’une armée prête à combattre pour l’Eurasie[iii]

Des durs à cuir qui, au bout de leur fusil, ont mis des idées dont le leitmotiv est la haine de la Russie : ainsi jouent ils le rôle – consciemment ou non – de supplétifs des démocraties  marchandes occidentales, qui instrumentalisent depuis des décennies les éléments les plus radicaux de l’islamisme – ce fut également le cas en Afghanistan où les USA aidèrent les talibans contre la Russie – assistés  aujourd’hui dans cette tâche par les pays arabes du Golfe. L’un de ces anciens jihadistes ukrainiens a d’ailleurs été récemment assassiné dans des conditions pour le moins obscures.[iv]

Étrange virage à 180° pour certains nationalistes donc, qui soutiennent aujourd’hui les « nationalistes ukrainiens », qu’il s’agisse de Svoboda ou de Pravy Sektor.

L’une des causes de cette « confusion » tient sans doute au « pedigree » des acteurs du «nationalisme ukrainien » : alors que dans les conflits pré cités les pions utilisés pour attaquer la puissance Russe et son allié Serbe étaient des guérilleros islamistes, en Ukraine il s’agit d’européens, blancs et chrétiens. Par ailleurs tout dans leur apparence a de quoi séduire et provoquer un phénomène d’identification chez des nationalistes français friands de folklorisme et d’apparat : les cranes rasés, les défroques plus ou moins militaires ou skinhead – le regretté Jean Mabire avait pourtant souligné tout ce qu’il y avait de ridicule et d’anglo saxon dans tout cela[v] – suscitent l’engouement tout autant que le discours raciste de réaction (que l’on peut ceci dit retrouver aussi bien chez des socialistes comme Manuel Valls et ses « blancos » ou George Frêche qui autrefois traitait les harkis de « sous hommes »)

Le racisme primaire et le folklorisme adolescent de certains « nationalistes » français ou européens de l’ouest ne peut quoi qu’il en soit masquer la réalité des faits : en Ukraine, l’Occident – les USA et leurs laquais euromondialistes – jouent contre la Russie, contre l’Europe-Civilisation (opposée donc à l’Europe-Marché) et contre l’Eurasie.

Que l’on en juge plutôt ; face à l’Union Européenne, un bloc économique est en train de se créer à l’est comprenant pour l’heure la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan : il s’agit de l’espace économique commun installant entre ces trois états une union douanière ainsi qu’une zone de libre échange. Ce bloc mis en place en 2012 participe à l’émergence de la communauté économique eurasiatique née au début des années 2000 Un espace considérable en terme de territoire, de population et de potentiel diplomatique et militaire, mais également économique et scientifique.

L’Ukraine jusque là observateur était le prochain état susceptible d’être intégré au sein de ce vaste espace eurasiatique. L’Ukraine, zone stratégique s’il en est, ne serait ce que par le rôle qu’elle joue dans le transport de ressources énergétiques…

Viktor Ianoukovytch avait en effet fait le choix en novembre 2013 de s’éloigner de l’Union Européenne et de rejeter les accords proposés par ses représentants pour se rapprocher de Moscou, venant ainsi renforcer l’espace eurasiatique grandissant. Une perspective inacceptable et dangereuse pour les marchands de l’Union Européenne et leurs alliés/commanditaires de Washington, qui voyaient la position de Moscou renforcée et l’Eurasie avancer vers l’ouest. Sans trop de surprise – une tentative d’instrumentalisation par l’Occident avait déjà eu lieu à Kiev en 2004 avec la « révolution orange – une situation de guerre civile apparaît dans les mois qui suivent, lors de laquelle les mouvements « nationalistes » » Svoboda et Pravy Sektor s’engagent contre la Russie et l’Eurasie, jouant de facto le rôle de pions au service des intérêts des USA et de l’UE.

Pourtant il n’est pas difficile de discerner la manipulation, lorsqu’on voit des juifs sionistes tels que Bernard Henri Levy, Laurent Fabius ou Moscovici prendre fait et cause pour l’opposition Ukrainienne en faisant l’impasse sur ses composantes les plus extrêmes – comme ils le firent d’ailleurs en Syrie lorsqu’ils soutinrent plus ou moins directement les combattants d’Al Qaeda. Ces grands noms, auxquels nous pourrions ajouter celui de Valls ne sont ils pourtant pas toujours prompt à s’élever contre « l’antisémitisme » et à pourchasser tout ce qui évoque à leurs yeux un semblant de patriotisme en France ? Un deux poids deux mesures à nouveau très étonnant en Ukraine.

Outre l’instrumentalisation évidente du nationalisme ukrainien par les forces destructrices occidentalo-sionistes et marchandes que les patriotes (d’Ukraine ou d’ailleurs) prétendent combattre, soulignons à nouveau l’opportunité qu’offre à l’Europe – et même au monde – l’émergence de l’Eurasie.

Nous avons déjà évoqué la puissance politique et économique de cette communauté, capable non seulement de faire échec à la diplomatique américano-sioniste comme ce fut le cas récemment en Syrie, mais encore de faire émerger un monde multipolaire qui mettrait fin à l’hégémonie de l’axe Washington-Bruxelles-Tel Aviv et à ses ambitions idéologiques.

Car l’Eurasie naissante n’est pas un bloc marchand, cosmopolite sans passé et sans avenir. Il suffit pour s’en convaincre de considérer les prises de position de Poutine. Mais surtout, l’Eurasie avec Moscou comme moteur, s’inscrit dans une véritable perspective de renouveau civilisationnel unissant des peuples européens essentiellement slaves et orthodoxes : un bloc certes politique et économique, mais également enraciné et spirituel à l’opposé des contre valeurs véhiculées par l’Occident. Le fait que la Russie de Poutine allie la puissance politique à l’autorité spirituelle de l’Eglise orthodoxe – comme en témoignent les déplacements du président russe sur le Mont Athos, centre initiatique européen – nous pousse à penser que nous assistons peut être à une refondation  qui est  de l’ordre de la Tradition, au sens véritable du terme.

Ainsi, plutôt que de céder à des réflexes pavloviens et mortifères, il serait souhaitable que les « nationalistes » français considèrent l’opportunité qu’offre une éventuelle « redistribution des cartes » sur la scène internationale en faveur de l’Eurasie…et œuvrent dans le sens d’un axe Paris-Berlin-Moscou, qui  serait en mesure de stopper définitivement le rouleau compresseur globaliste.

Il importe pour cela de comprendre dès maintenant cette donnée : que ce soit en Serbie, en Tchétchènie ou en Ukraine, les forces séparatistes, indépendantistes ou « nationalistes » les plus radicales finissent toujours par faire le jeu de ceux là même qui ont à cœur de détruire la civilisation européenne. Peu importe que les acteurs soient des islamistes barbus ou des nationalistes au crane ras.

Notes

  1.  fr.ria.ru
  2.  le monde russe
  3. Un appel auquel Ramzan Kadyrov, l’homme fort de Tchétchénie s’était d’ailleurs empressé de répondre par une solide démonstration de force, lors de laquelle il montra le visage d’une armée prête à combattre pour l’Eurasie
  4. le courrier de russie
  5. voxnr

A Propos Michael Guerin

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