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Entretien avec Ovidie, prêtresse du sexe

Ovidie, l’ancienne actrice porno vient de sortir un nouveau documentaire intitulé « là où les putains n’existent pas » dénonçant le traitement subi par les travailleuses du sexe en Suède.

Il se trouve que l’ex star du X avait accordé en 2005 une interview à l’éphémère organisation jeune dissidence dont je fus l’un des animateurs ; elle y exprimait alors des points de vue très « politiquement incorrects » n’hésitant pas à parler de ses amitiés très « à droites ».

Le « féminisme pro-sexe » dont elle se fait la porte-parole s’éloigne aussi bien du moralisme puritain que du féminisme castrateur, et reste par conséquent particulièrement intéressant en 2018.

Voici cette entrevue, à nouveau disponible après plus de dix années, parue sous le titre

Entretien avec Ovidie, prêtresse du sexe

Ovidie, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs en quelques mots ?

Pour faire un c.v très vite fait : Je suis réalisatrice et productrice de films pornographiques. Je dirige à l’heure actuelle un lieu d’éducation sexuelle réservé aux femmes comprenant un cabinet de sexologie ainsi qu’un sex-shop féminin. J’ai été actrice de films pornographiques de 18 à presque 23 ans. J’ai écrit trois livres, quelques nouvelles et articles. Le quatrième sortira fin 2005 / début 2006. Voilà pour faire bref. Disons que je travaille autour de la sexualité féminine.

Vous êtes une des rares représentantes en France du courant “ féministe pro-sexe ” d’origine américaine, pouvez-vous nous éclairez sur celui-ci ?

Le féminisme pro-sexe, bien loin du féminisme chiennes de garde, est un courant de pensée qui s’est développé lors de la libération sexuelle fin des années soixante aux Etats Unis. Il ne rejette en aucun cas les hommes, et part du principe que chaque femme est un individu avec des désirs qui lui sont propres, car il n’existe pas de sexualité politiquement correcte. Il est à l’origine de mouvements politiques de travailleuses du sexe volontaires (car non, il n’y a pas que des putes soumises à des maquereaux) tels que le Pony ou le Coyote (syndicats de prostituées). Il regroupe aussi bien des hétéro monogames, que des lesbiennes dominatrices, que des soumises fétichistes… Disons que c’est un mouvement ouvert d’esprit qui part du principe que l’on n’a pas le droit d’affirmer en matière de sexe que « les femmes n’aiment pas ceci et préfèrent cela » et qu’aucune censure ne doit être prônée en faveur d’un soit-disant féminisme (entre autre concernant la censure sur la pornographie). Il est également à l’origine du mouvements des pornostars féministes qui se sont mises à réaliser leurs propres films dans les années 80.

Sur le même sujet, que pensez-vous du nouveau féminisme du style Ni putes ni soumises ? Est-ce bien un féminisme ou est-ce une manière d’instrumentaliser les jeunes femmes des cités pour des enjeux autres ?

Je ne sais trop que penser de ce mouvement, je n’ai pas d’avis arrêté sur le sujet. Je ne suis absolument pas en contact avec elles. Tout ce que je sais, c’est que je n’aimerais pas être une jeune femme des cités. Quand je vois qu’on ne peut plus se promener seule dans énormément de quartiers de Paris et que prendre le métro c’est prendre le risque de se faire emmerder, je n’ose même pas imaginer ce que ce doit être dans les cités… Les racailles exercent une véritable tyrannie sur les franciliennes. Cela fait des années que je ne prends plus le métro, que je ne porte plus de jupe dans la rue ni de chaussures à talon. Et les flics ne font rien : je me suis faite emmerder par des racailles, enceinte de sept mois à 100 mètres d’un commissariat, et aucun flic n’a réagit.

On dit que vous venez d’ouvrir un sex-shop féminin comme on en connaît dans les pays nordiques, est-ce du pur commerce ou est-ce un acte militant ?

Vu le peu d’argent que cela me rapporte comparativement à toute la montagne de travail que je fournis, on peut affirmer que c’est un acte militant pour le moment ! J’avais eu cette idée en visitant un sex-shop féminin à Copenhague. J’ai toujours été portée sur les sextoys. Dans mon film d’éducation sexuelle, Sexualité mode d’emploi, j’y avais consacré un chapitre avant même que cela soit la mode. A l’époque j’étais contrainte de commander mes vibros aux Etats Unis car on ne trouvait que du bas de gamme en Europe. Aujourd’hui, même Sonia Rikiel en vend. Ca fait « tendance ». J’estime que ma démarche est différente dans la mesure où le lieu que j’ai ouvert est plus un lieu d’information et d’éducation sexuelle. Les femmes qui viennent acheter leurs sextoys recherchent avant tout des conseils. J’y organise également des stages éducatifs ainsi que des consultations. Et surtout : c’est un lieu interdit aux hommes (sauf aux hommes accompagnés de leur femme), et cela est un choix qui me fait perdre énormément d’argent. Car en France, les femmes sont trop truffes pour s’acheter elles-mêmes un vibro. Il faut que ce soit leur mec qui aille en sex-shoppour elles !

Vous avez tourné dans un certain nombre de films pornographiques ? Sont-ils différents des pornos habituels ? Avez-vous eu parfois une influence sur l’intrigue ou ne faisiez-vous que louez l’image de votre corps ?

Je n’ai pas joué que dans des chefs d’œuvres ! Les trois quarts des films dans lesquels j’ai joué sont de véritables nanards sans prétention. Mon pouvoir de faire des films « différents » des porno classiques était limité à ma fonction de réalisatrice et non d’actrice. En revanche il est vrai que j’ai certainement été l’actrice européenne qui a posé le plus de conditions de tournage (préservatif + test hiv, aucune pratique anale, éjaculation faciale rarissime, aucune violence ni parole dégradante… bref, à l’image de Brigitte Lahaie, j’ai fait ce que j’appellerais du « papamaman »). C’est une période de ma vie durant laquelle je me suis vraiment amusée. Bien plus qu’aujourd’hui avec la production où j’endosse seule énormément de responsabilités pour peu d’argent. On va dire que c’est la dure loi du passage à l’âge adulte…

Concernant l’exercice du métier d’actrice porno, ainsi que celui de toutes les professions où l’image – ou l’usage – du corps d’une femme est utilisé dans un but sexuel, on a parlé parfois de «travailleuse du sexe». Que pensez-vous de cette notion ?

C’est une expression que je n’ai jamais hésité à employer. C’est un terme emprunté de l’américain sex-worker. Car il s’agit bien évidemment d’un travail réglementé et accepté par l’Etat puisque nous payons des impôts et diverses charges sociales.

Dans Orgie en noir, on voit très nettement l’influence du cinéma de série B, voire de série Z, je crois d’ailleurs que vous avez tourné avec Jean Rollin, quelle est l’influence éventuelle de cette culture nanarde sur votre œuvre ?

Jean Rollin est une personne que je respecte énormément, en tant qu’individu et en tant que réalisateur. Nous avons un film en projet ensemble. Cela s’appelle La nuit transfigurée et si tout se passe bien nous devrions donner le premier coup de manivelle cet automne. Jean m’y a fait l’honneur de me proposer le premier rôle que j’ai bien évidemment accepté. Je sais qu’il a très envie de regarder Orgie en noir qui est un clin d’œil plus qu’évident à ses films. Mais je n’ose pas lui montrer car c’est le tout premier film que j’ai réalisé à 19 ans. Qualitativement, il est bien inférieur à tous les films que j’ai réalisés par la suite et dans lesquelles on sent beaucoup plus ma personnalité et ma vision de la pornographie. Le dernier, Premières expériences, est entre autre plus intéressant que les autres au niveau du choix de la musique (électro, gothique, rockn’ roll garage…). La culture nanarde est une culture à part entière qui m’a beaucoup influencée dans mes choix de réalisation.

On dit que vous écririez un livre avec la philosophe Michaela Marzano, pouvez-vous nous en dire plus ?

Le livre est sorti aux éditions Autrement sous le titre Film X : y jouer ou y être. Il s’agit en fait d’un entretien que nous avons retravaillé ensemble par la suite. Il y a un certain nombre d’éléments intéressants que je n’ai jusqu’à présent pas pu exprimer dans les médias. Entre autre un passage sur la dimension sexuelle de l’esthétique totalitaire…

Dans la dernière édition de Porno manifesto, vous revenez sur le 21 avril, si mes souvenirs sont bons, vous avez annoncé entre les deux tours que vous ne voteriez pas Chirac au second tour et dénoncé la « campagne de culpabilisation » orchestrée par les médias. Est-ce une logique d’engagement qui vous a fait ainsi dénoncer le puritanisme politique qui a remplacé le puritanisme sexuel ?

Haha, oui, je crois que c’était chez Karl Zéro. Je ne m’en souvenais même plus ! Pour être très franche, je n’ai pas voté lors des dernières présidentielles. Comme je le dis dans la réédition de Porno Manifesto, je n’en avais pas grand chose à braire, mon livre sortant le lendemain du second tour ! J’ai trouvé en effet ridicule toute cette masse de blaireaux qui manifestaient dans les rues. Que ça leur plaise ou non, des électeurs avaient voté démocratiquement FN et méritaient d’être écoutés. Au lieu de ça, une grande campagne médiatique a été organisée en les faisant passer pour des nazillons sans cervelles et irresponsables. Tout le monde savait que le FN ne passerait pas le second tour, il n’y avait franchement pas de quoi crier « au loup » et sortir les drapeaux français dans les rues. Ca me fait penser aux résultats du dernier referendum : les médias n’ont pas cessé d’affirmer que les « intellectuels » avaient voté « oui » alors que la France d’en bas (sous entendu « les crétins illettrés ») avaient voté « non ». Lorsque un vote populaire est gênant, on discrédite les électeurs. Je regarde ça d’un point de vue extérieur car je n’ai par conviction jamais eu de carte d’électeur. Mais je constate que si les gens se mettent à voter ce genre de choses, c’est que l’organisation politique et économique est de plus en plus foireuse, et c’est ce signal d’alarme que le gouvernement et les institutions européennes devraient écouter au lieu de nier.

On raconte que vous auriez milité chez les antifas et les libertaire. Est-ce exact ? Si oui comment jugez-vous a posteriori cet engagement ?

C’est exact. De l’âge de 14-15 ans à 17 ans, presque 18. C’est une période courte de ma vie mais que je ne renie absolument pas. Elle m’a aidée à me construire précocement politiquement et à me former à la lecture de certains textes que d’autres ne lisent pas avant la fac. Aujourd’hui je me pose souvent des questions sur ce que deviendra mon enfant lors de l’adolescence. Et je me dis que je préfèrerais le voir lire Marx à 15 ans plutôt que de le voir regarder la télé ! Avec le recul, je ne regrette pas d’avoir passé mon adolescence à militer. Cela m’a évité de perdre mon temps à sortir en boîte, draguer les garçons, jouer les rebelles avec mes parents, rester scotchée devant la télé ou les jeux vidéos, traîner avec les gourdes de mon âge… Et cela a développé mon sens critique. Tellement critique qu’à 18 ans j’avais déjà compris que ce milieu ne me correspondait pas ! La première chose qui m’a consternée dans ces milieux, c’est qu’ils sont « plus fachos que les fachos ». Dans le sens où au nom de la belle idéologie « liberté » ils imposent à leurs militants un code de conduite (sexuel, politique, parfois même vestimentaire et alimentaire). Ils crient « haro sur le baudet » sans même savoir pourquoi et s’en prennent à des personnes sans même réfléchir. Ils traitent de « facho » n’importe quel écrivain sans même prendre la peine de le lire, ils écrivent des textes anti-porno sans prendre la peine d’en regarder, ils prennent la défense de la veuve et l’orphelin qui n’ont parfois pas demandé à être défendus. Leur politiquement correcte me fatigue. Beaucoup d’entre eux sont militants comme d’autres seraient inscrits dans un club de foot, c’est à dire pour avoir une activité sociale et ne pas s’ennuyer.

Aujourd’hui, je n’aime pas les anti-racistes, les anti-sexistes, les anti-homophobes, etc. Et pourtant je ne suis pas pour autant sexiste puisque je suis féministe pro-sexe, je ne suis pas homophobe puisque j’ai eu des relations avec d’autres femmes et beaucoup de choses que j’apprécie d’un point de vue musical et littéraire ont été faites par des homo, et je ne suis pas raciste. Aujourd’hui je suis simplement plus mature et moins fermée d’esprit : oui, il m’arrive de lire des auteurs de Nouvelle droite, oui parfois j’écoute de la néo-folk et de la Oï, oui j’ai des amis franchement à droite, et cela n’a pas fait de moi une néonazie pour autant. Cela ne m’empêche pas d’avoir des conversations avec mes parents qui sont pourtant encore militants de gauche et que je respecte intellectuellement. Disons que je suis plus ouverte qu’avant.

On dit aussi que vous auriez été antispéciste, végétarienne et straight-edge… Est-ce aussi exact ? Si oui, sont-ce toujours des engagements qui sont d’actualité ?

Oui j’ai été végétalienne durant plusieurs années. Aujourd’hui je ne suis que végétarienne à cause de diverses carences. Mais je ne suis pas intégriste : mon chien mange des croquettes au poulet, et mon enfant mangera un peu de viande une fois de temps en temps lorsque j’aurai fini de l’allaiter. Straight edge ? Moins radicale qu’avant dans le sens où il m’arrive de boire du bon vin à table. Ceci étant dit, je ne fume pas et ne prend aucune drogue.

En parcourant votre site j’ai découvert des références à Niekisch, Mishima et Jünger. Votre découverte de ces auteurs est-elle récente ? Est-ce que leur lecture a eu une influence concrète sur votre vie ?

Tout dépend de ce que vous entendez par récente. Je dirai que ça date de l’écriture de Porno Manifesto, donc 2001. La première influence que cela a eu, entre autre concernant Niekisch et Junger, a été de m’inciter à m’intéresser à d’autres auteurs que je n’aurais pas osé lire auparavant.

Vous dites aussi apprécier la musique industrielle. Pourquoi ?

J’apprécie la musique industrielle, mais j’apprécie également beaucoup d’autres styles musicaux. J’aime par dessus tout le vieux rock n’ roll, le lo-fi, le psychobilly, la new wave, l’électro, etc… J’aime bien même Abba ! C’est pour dire ! Et mon chien aime bien également la disco. Je ne fais pas une obsession de l’indus ni du néo-folk. Je suis bien incapable d’expliquer pour chacun de ces genres pourquoi je les apprécie. C’est un ressenti esthétique.

Quelle différence faites vous entre érotisme et pornographie ?

Argh, question classique à laquelle j’ai horreur de répondre ! Je me contenterais de dire que la pornographie est la représentation visuelle d’actes sexuels explicites. Donc toutes les œuvres d’art et films d’auteur à la con qui comporte du sexe graphique explicite sont pornographiques. On a trop tendance à utiliser la différence érotisme/pornographie pour délimiter ce qui est culturellement correcte de ce qui ne l’est pas.

Etes-vous d’accord pour dire que vos films sont pornographiques ?

Oui, définitivement. Tout ce qui comporte du sexe explicite est pornographie, je suis donc pornographe. Appelons un chat « un chat ». Le terme pornographique n’est pas forcément un terme négatif ni rabaissant.

Est-ce que l’on ne pourrait pas considérer la pornographie comme une nouvelle forme de l’opium du peuple ?

Le véritable opium du peuple est la télévision. La pornographie n’aliène pas (sauf cas pathologiques graves). La star academy, si

A Propos Michael Guerin

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