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Dans l’ombre de Jeanne d’Arc, le seigneur Gilles de Rais

Chaque année le mois de mai donne lieu à plusieurs célébrations en l’honneur de la Sainte Jeanne d’Arc, essentiellement de la part du Front National et de mouvements catholiques prétendument « traditionalistes ». Dans le livre « les rats noirs », l’on apprend pourtant que l’un des premiers défilés fut l’œuvre du GAJ –groupe action jeunesse– qui dans les années 70 faisait conduire le cortège par une femme représentant Jeanne montée à cheval, les seins nus. Ce détail fut sans doute une provocation destinée à rompre avec les lubies de la bourgeoisie et de l’église puisque pour celles-ci Jeanne d’Arc, en tant que sainte, devait être vierge et « pure ». Tel est le mythe catholique construit au fil des siècles à partir de l’aventure historique, guerrière et héroïque de la paysanne lorraine.

Car c’est bien de mythe chrétien qu’il faut parler en ce qui concerne la Sainte Jeanne d’Arc, mythe dont l’une des figures historiques oubliées porte le nom de Gilles de Rais…

Un homme nécessairement oublié car il fut selon certains le prototype voir l’archétype du tueur en série, un alchimiste et un sorcier s’adonnant aux plus sombres cérémonies goétiques impliquant des sacrifices humains. Sans nous lancer dans une biographie exhaustive–que l’on trouvera facilement si nécessaire sur Internet–contentons-nous de dire que Gilles de Rais, seigneur breton, est né au château de Champtocé-sur Loire dans le Maine et Loire à une date inconnue, et qu’il meurt le 26 octobre 1440 à Nantes. Rallié à Charles VII au cours de la Guerre de cent ans il deviendra le compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, leurs deux destins se mêlant étroitement selon des modalités fort peu connues relevant autant d’une raison métaphysique ( la « Providence » en langage religieux) que de la conjuration politique.

Pour bien s’en rendre compte il convient de se replacer dans le contexte médiéval caractérisé par une séparation nette entre noblesse, clergé et tiers état ; en dépit de cette loi des castes et de sa qualité de paysanne, Jeanne d’Arc, poussée par des mystérieuses voix qu’elle attribuera au seigneur chrétien, voyage déguisée en homme–car il ne faut pas oublier que le rôle de la femme au moyen-âge n’est en rien compatible avec le métier des armes – depuis Domrémy jusqu’à Chinon pour rencontrer Charles VII, bénéficiant (soi-disant) d’une lettre de crédit du capitaine de Vaucouleurs, Robert de Baudricourt.

Ici la légende prend le pas sur l’histoire puisque notre héroïne paysanne est reçue sans aucune difficulté par le roi Charles VII en personne le 25 février 1429, lequel après avoir écouté les récits de Jeanne relatifs à une prophétie locale évoquant une pucelle Lorraine destinée à sauver la France, lui fera passer un « examen » auprès des autorités ecclésiastiques avant de l’envoyer prendre part au siège d’Orléans…

La France du Moyen Âge est chrétienne, empreinte de foi et même de mysticisme ce qui d’ailleurs fit toute la puissance et la grandeur de cette période de l’histoire trop souvent oubliée. Mais de là à penser que le roi de France, à l’encontre de la loi des castes et du bon sens le plus élémentaire, ait pu doter une paysanne sortie de nulle part d’un cheval et d’une armée sur la seule base de quelques prophéties, il y a un fossé considérable que ni la raison ni la Foi ne permettent de franchir.

Mais la noblesse et la politique ne connaissent pas les mêmes limitations, et lorsque Jeanne d’Arc est reçue au château de Chinon, Gilles de Rais est présent aux côtés du roi…Aristocrate proche de Charles VII, cousin du Grand Chambellan Georges Ier de la Tremoille, Gilles de Rais a bien l’envergure pour constituer le trait d’union entre la paysanne de Lorraine et le futur Roi de France. De là à considérer que le seigneur de Machecoul fut l’homme à l’origine de la fulgurante « promotion » de Jeanne D’arc et de la naissance du mythe de la pucelle il n’y a qu’un pas, aisément franchissable celui-ci.

Ainsi lorsqu’en Avril 1429 Jeanne d’Arc arrive à Blois aux côté de l’armée – ou plutôt du convoi de ravitaillement – destinée à rejoindre par la suite Orléans alors assiégée par les Anglais, elle y trouve des vivres, des munitions et des armes ainsi qu’une solide troupe commandée par Gilles de Rais lui même. A Orléans, l’histoire ne retiendra que la « foi » et le charisme de Jeanne qui auraient suffit à galvaniser les troupes françaises et contraindre les anglais à lever le siège, oubliant presque les centaines de soldats en armes du seigneur de Machecoul. Pourtant Gilles de Rais participe en personne à la levée du siège d’Orléans, et il sera encore aux côtés de Jeanne d’Arc lorsque la pucelle rend compte de son succès militaire au Dauphin Charles VII.

Il accompagnera la future « Sainte » lors de la campagne de la Loire et sera de toutes les batailles qui permettront à Charles VII d’être sacré Roi de France à Reims. Le sacre royal a lieu le 17 juillet 1429 ; Gilles de Rais devient ce même jour maréchal de France et est admis à siéger au conseil royal. Grâce à ses hauts faits d’armes, le Roi lui offre le droit d’ajouter à son blason une bordure aux armes de France, un privilège que Charles VII conférera uniquement au seigneur de Machecoul…et à Jeanne d’Arc.

Charles VII devenu roi et Gilles de Rais s’en retournant à ses affaires, la « mission » de Jeanne d’Arc touche à sa fin ; après l’échec du siège de Paris – auquel le Seigneur de Machecoul prendra néanmoins part – l’armée de Jeanne est dissoute et la future sainte est seule…Elle sera capturée par les bourguignons en 1430 et vendue aux anglais, qui organiseront son « procès » l’année suivante sous la conduite de l’infâme évêque Cauchon.

Abandonnée par l’Eglise et le Pape lui-même Jeanne d’Arc sera notamment accusée d’hérésie, un chef d’accusation que partagera avec elle Gilles de Rais neuf ans plus tard. De façon fort étrange, alors qu’en échange d’aveux (oraux) il est proposé à Jeanne d’Arc d’être enfermée dans une prison ecclésiastique – destinée alors à la réflexion, la repentance et la « réhabilitation » pour employer un terme actuel – plutôt que de périr sur le bûcher, celle ci se rétracte pour des raisons mystérieuses deux jours après avoir signé les dits aveux, avec les conséquences que l’on connaît…

Difficile de ne pas comprendre qu’en ces temps de désespoir et d’occupation anglaise, le royaume de France et son Roi ont eu besoin d’un symbole vivant, puissant, capable d’enflammer les soldats et de susciter l’admiration des foules. Gilles de Rais fut celui qui anima ce symbole, le fit surgir de l’anonymat auquel une femme paysanne n’aurait pu échapper sans l’intervention d’un aristocrate de renom, même avec l’aide de voix mystérieuses et d’une prophétie de campagne. Somme toute, l’héroïne Lorraine fut peut être la première « évocation » du noble de Bretagne…Dans l’ombre de Jeanne d’Arc, que l’Eglise fit Sainte après l’avoir abandonnée aux flammes, le Seigneur de Machecoul jouait le rôle de ce que l’on nommerait aujourd’hui « un homme de réseau » ; sans lui, il est fort probable que la pucelle n’eût jamais eu le privilège de rencontrer le Dauphin et de revêtir une armure.

Une fois la mission de Jeanne d’Arc accomplie l’instrument politique fut abandonné, mais face à la persistance de la mémoire de cette héroïne, qui née paysanne fut anoblie par la nature, le mérite et la « destinée » elle même, l’Eglise s’empressa de s’approprier le mythe aristocratique et guerrier tout en tâchant de faire oublier le rôle joué par l’institution catholique dans la fin tragique que connut la pucelle d’Orléans.

Oubliés également le « bois chenu » et « l’arbre aux fées » où Jeanne d’Arc entendit pour la première fois ces fameuses « voix » ; les vestiges celtiques de Domrémy n’avaient pas, semble-t-il, été totalement abandonnés par les divinités anciennes à l’époque de la pucelle, et il se pourrait que les voix qu’elle entendit alors fussent bien plus anciennes que l’avènement de Jesus…

Et bien sûr oublié Gilles de Rais, cet occultiste qui sombra dans la folie la plus atroce avant de connaître à son tour le bûcher.

Pourtant c’est à ce sombre évocateur que la « mission » de Jeanne d’Arc devra son succès…

A Propos Michael Guerin

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