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French President Emmanuel Macron visits the Tsitsernakaberd Armenian Genocide Memorial in Yerevan on October 11, 2018. / AFP / POOL / Ludovic MARIN

Macron et la Francophonie, entre pure bêtise et démagogie

A peine plus d’un an de magistrature auront suffit à démontrer que Macron n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un homme politique, encore moins homme d’état. Son attitude assumée de « start’uper » qui considère la France comme une entreprise à « manager », son mépris à l’égard du peuple – à l’exception semble-t-il des braqueurs antillais et rappeurs LGBT – et son ignorance totale quant à la situation réelle des français prouvent que Macron ne saurait être autre chose que lui même : un homme de Davos, sans racines, entièrement dévoué aux dogmes néo-libéraux.

S’enfonçant toujours plus loin dans ce rôle de simple agent de communication mondialiste, Macron a une nouvelle fois ridiculisé la France et la Francophonie à Erevan, lors du 17ème sommet de la dite francophonie.

A cette occasion Macron devait affirmer que la langue française « n’appartient à aucun d’entre nous mais est le propriété de tous. Elle s’est émancipée de la nation française pour accueillir tous les imaginaires ».Voilà bien un discours typique de la démagogie de l’hyper-classe ; en effet Macron ne peut s’empêcher, considérant une langue, de parler de « propriété », se pensant sans doute humaniste en étendant celle ci à « tous ». Si la langue française n’est certes pas un « objet » appropriable, elle n’en reste pas moins consubstantielle au peuple de France, à sa mémoire et son histoire qui voient se rencontrer gaulois, romains et francs… En effet Macron en vient même à oublier l’évidence, à savoir que le nom de notre pays (et de sa langue) est naturellement celui d’un des peuples qui l’ont forgé.

Poursuivant dans sa logique « progressiste », celui qui fut le poulain de Jacques Attali affirme au sujet de notre langue que « son épicentre n’est ni à droite ni à gauche de la seine. Il est sans doute dans le bassin du fleuve Congo ou quelque part dans la région ».

Nous voici désormais en plein délire.

S’il est juste d’affirmer que la langue française demeure vivante et dynamique en Afrique francophone autant qu’au Québec, dans le pays cajun de Louisiane comme en Polynésie, dans certaines universités de Serbie ou du Viet Nam où perdure une tradition francophile et francophone, cet ensemble est le produit de l’expansion et du rayonnement de la civilisation française dont le centre de gravité a toujours été…la France. Cela tombe sous le sens, et les propos puériles boboïsants de Macron sont aussi absurdes que d’affirmer que l’épicentre de la langue anglaise se trouve en Chine…1

Mais le champion de l’hyper-classe mondialiste ne s’arrête pas là ; brandissant l’un des étendards majeurs du libéralisme post-moderne, il affirme que « l’avenir de l’Afrique sera féministe. Tout comme en Europe et ailleurs ». Pour l’homme de Davos, il serait ainsi souhaitable que le communautarisme sexuel qui brise les sociétés européennes frappe également l’Afrique, déjà minée par les communautarismes religieux – tout comme du reste l’Europe. La réponse de Macron aux crises globales réside donc dans l’expansion généralisée des dogmes responsables de la fragmentation des états.

Mais parlons donc de la condition féminine en Afrique

Il s’agit en effet d’un enjeu crucial, en lien avec l’une des causes principales des difficultés auxquelles sont confrontés les pays d’Afrique Subsaharienne, notamment dans le Sahel : la démographie, et plus exactement la surpopulation. Les études – notamment celles de la Banque Mondiale – démontrent que l’éducation des jeunes femmes entraîne presque automatiquement une réduction importante des taux de mortalité infantile ET de fécondité ; ainsi lorsque le pourcentage de femmes ayant effectué une scolarité secondaire double, le nombre d’enfants par femme tombe de 5,3 à 3,9…

Ainsi l’avenir de l’Afrique ne passe-t-il pas par une idéologie abstraite purement occidentale appelée « féminisme », mais par la mise en place concrète d’un programme d’éducation à grande échelle, dont les principaux acteurs ne peuvent être que les états. La prise en charge de l’éducation par l’état a toujours été l’un des moteurs du développement des pays quels qu’ils soient, et Macron est tout à fait lucide – une fois n’est pas coutume – lorsqu’il évoque « l’avenir par l’éducation » et le combat pour « la jeunesse en Afrique ».

Mais c’est là que le bât blesse ; Emmanuel Macron et sa « République en Marche », que ce soit en matière de politique intérieure ou de géopolitique, agissent ouvertement en faveur du « marché libre » et donc du recul toujours plus poussé de l’état. Les pays pauvres du monde francophone sont toujours les chasses gardées des grandes entreprises multinationales – qui restent les acteurs les plus puissants au sein de ces régions – et les victimes de « landgrabbing » par les investisseurs étrangers, avec le plus souvent la complicité de gouvernements corrompus. Par ailleurs les états africains, faiblement structurés sur les plans politiques et économiques, ont été contraints d’adopter les règles du système financier global – FMI, OMC, Banque Mondiale – et d’appliquer les Plans d’Ajustement Structurels en échange d’une « réduction de la dette »…

Une dette dont les créanciers sont aussi ceux de la France et des pays européens, également prisonniers d’un cercle vicieux dont le mouvement s’accélère à mesure que le montant des intérêts augmente : cette réalité nous rappelle que la lutte d’émancipation du Tiers Monde rejoint celle de l’Europe face à la finance globalisée, dont Macron, forgé par ses années au sein de la banque Rothschild, est un produit.

Emmanuel Macron est aussi l’un des plus féroces partisans de l’Union Européenne, ce modèle marchand dont la déliquescence ne fait plus aucun doute après le Brexit et à l’heure de la fameuse « montée des populismes » en Italie, en Pologne, en Autriche, au sein du V4 et maintenant en Espagne…2 Cette même Union Européenne qui oblige depuis 2009 les pays d’Afrique à signer avec elle des accords de libre échange, tout en accordant des subventions à ses propres producteurs en vue de favoriser leurs exportations.

Se pose alors la question de la cohérence d’un mondialiste revendiqué tel que Macron lorsqu’il évoque le développement, l’éducation et l’emploi en Afrique francophone, tout en veillant à y maintenir le système économique qui est à l’origine du drame africain.

Ajoutons que la politique étrangère d’Emmanuel Macron s’inscrit en bien des points dans la continuité de celle des magistratures précédentes, quoi que plus subtile. Tout comme le gouvernement Sarkozy fut co-responsable de la destruction de l’état libyen3 – où le taux d’alphabétisation était de 100% , incluant justement les femmes – la « République en Marche » participa à la tentative de déstabilisation en Syrie.

Ceux qui ont écouté Macron ont sans doute été étonnés de n’entendre parler que de l’Afrique ; certes les défis y sont considérables et ont un impact direct sur l’Europe, qui croule peu à peu sous la pression migratoire. Mais le « président start’up » semble faire fi de la France d’outre mer, notamment de la Nouvelle Calédonie et de ses ressources qu’il s’apprête à brader sans vergogne. Pas un mot non plus sur ce qui fut autrefois la Nouvelle France, le Québec, où un vent nouveau souffle depuis les scores de la coalition avenir Québec de François Legault: il est question pour ce dernier de mettre un terme à la politique migratoire, de sortir de la dépendance vis à vis du marché américain, et de faire de la francophonie un puissant levier économique et diplomatique4.

Manifestement on sait mieux au Quebec ce que représente la francophonie.

Macron pour sa part continue de naviguer entre bêtise et démagogie.

Michael Guerin

  • Concernant la culture anglo-saxonne et la langue anglaise, nous pourrions cependant affirmer en toute légitimité que le centre de gravité s’est déplacé de Londres à Washington dès la fin de la seconde guerre mondiale.
  • Au sujet de cette nouvelle extrême droite, voir notre article « l’union européenne sera-t-elle demain officiellement n protectorat américain »
  • La Jamahiryia était l’un des pays d’Afrique les plus développé, en dépit d’un climat hostile où les indices pluviométriques avoisinent les 350mm/an… De quoi réfléchir sur le bien fondé des interventions occidentales.
  • Radio Canada : « Pour Legault, francophonie rime avec économie » lire l’article

A Propos Michael Guerin

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