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Billard à trois bandes en Syrie

La (géo)politique analyse des phénomènes complexes: le cas syrien le démontre bien. Les lectures simplistes propres aux « dissidents » consistant à diviser le monde entre les « bons » et les « mauvais » sont inopérantes ici plus qu’ailleurs; ainsi, soutenir les kurdes parce qu’ils sont « indo-européens » ou prendre position pour la Turquie parce les kurdes sont soutenus par les USA sont des réactions puériles.

Le fait est que les combattants kurdes ont joué un rôle essentiel dans les combats au sol contre les terroristes de l’état islamique. Les Etats-Unis ET la Russie se sont entendus dès 2016 pour soutenir les kurdes dans leur « fonction » et contenir les ambitions turques. Mais les tables tournent en ce qui concerne les relations internationales et la géopolitique, bien que le retrait des Etats-Unis en Syrie n’ait a priori rien d’exceptionnel: il s’agit en effet d’une promesse de campagne de Trump.

Bien sûr, ce n’est pas tout.

Depuis un certain temps Ankara pose un problème à Washington en se comportant comme un allié instable: membre de l’OTAN, la Turquie s’est pourtant dotée d’un système antimissile russe. En « lâchant » (au moins provisoirement) les kurdes et en laissant le champ libre à une intervention turque, Trump est en train d’isoler Erdogan politiquement et de créer parmi les états occidentaux un consensus visant à sanctionner la Turquie. Dans le même temps, le président turc est décrédibilisé aux yeux de l’opinion publique internationale. En agissant ainsi, Trump s’assure de pouvoir à terme faire pression sur Erdogan et le replacer dans le giron atlantiste.

De son côté Poutine, protecteur de l’Etat syrien, voit les kurdes se rallier au régime légal de Damas, et l’intervention russe fait ainsi échec au projet américain de fragmentation territoriale – base du fameux « grand moyen orient démocratique ». Les territoires actuellement sous contrôle kurde sont donc appelés à retourner sous la souveraineté de l’Etat syrien. Une manifestation de puissance considérable pour l’Etat Russe dont l’engagement en Syrie constitue la première intervention internationale depuis 1978. L’opération est un succès, puisque son but était de maintenir Bachar al-Assad au pouvoir.

Si la Russie et les Etats-Unis ont opposé leur veto à une résolution du conseil de sécurité de l’ONU condamnant l’intervention militaire turque, c’est donc pour une bonne raison. Les deux grandes puissances sont à la manoeuvre. Moscou et Washington entendent bien tirer avantage du conflit et y parviendront sans aucun doute, tout en laissant croire à Erdogan qu’il maîtrise la partie puisqu’il obtient de son coté la possibilité de se débarrasser des combattants du PKK/YPG.

Cela ne doit pas faire oublier une autre réalité concrète: les combattants kurdes du PKK ont été durant des années les instruments des Etats-Unis, agissant comme une force de déstabilisation susceptible d’entraîner le démembrement des états arabes (le cas irakien étant « réglé » hélas, la Syrie était devenue la cible des stratèges américains et israéliens). Chacun sait comment les USA instrumentalisent des forces armées diverses (qui peuvent être nationalistes, religieuses ou socialistes peu importe) pour atteindre leurs objectifs géopolitiques.

Aujourd’hui les kurdes jouent le rôle de « fusible ».

Les dommages collatéraux de l’opération auront cependant des conséquences pour toutes les parties. Plus de dix mille djihadistes sont en effet emprisonnés sur les territoires tenus par les kurdes, et l’offensive turque a déjà provoqué l’évasion de plusieurs centaines d’entre eux. De plus pour faire face aux troupes turques, les FDS devront mobiliser leurs combattants stationnés au sud du pays, laissant le champ libre aux terroristes islamistes qui y mènent encore des attaques sporadiques.

A Propos Michael Guerin

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