La Ve République de Macron, stade final du cancer démocratique

Depuis plusieurs années déjà, la Ve République est engagée dans une crise politique profonde et  philosophique. L’instabilité gouvernementale actuelle, la défiance constante envers les institutions, la perte de repères collectifs et la fragmentation aussi bien ethnique que sociale de la société française sont devenues des traits structurels du paysage politique. Beaucoup y voient un « manque de démocratie » ou une crise du « représentatif ». Pourtant, une autre lecturesuggère au contraire que ces symptômes sont l’aboutissement logique de la démocratie libérale elle-même, une démocratie parvenue à son stade ultime, où la prétendue liberté individuelle  et le communautarisme priment sur tout principe d’ordre, d’autorité ou de bien commun.

La dérive démocratique selon Aristote

Dans La Politique, Aristote distingue les régimes politiques selon qu’ils visent l’intérêt général ou particulier. La démocratie n’aboutit finalement pas à un soit disant idéal de « gouvernement par le peuple » mais au pouvoir de la masse indifférenciée,  gouvernant pour ses propres intérêts par le bais des représentants qu’elle se choisit. Ce régime dégénère rapidement et fatalement en démagogie constante : les dirigeants flattent les passions populaires, exploitent les désirs immédiats et dissolvent toute exigence de vertu politique.
Ce que décrit Aristote est ainsi un un mécanisme à proprement parler interne à la démocratie : l’égalisation des conditions entraîne une revendication sans fin de droits et de reconnaissance – aujourd’hui essentiellement de la part des allogènes – jusqu’à ce que la société elle-même perde le sens du bien commun. Le pouvoir devient alors une fonction de communication, au mieux de gestion administrative, où le discours remplace la délibération et où la séduction des masses l’emporte sur la sagesse.

La Ve République, entre tyrannie élective et démocratie libérale

La France vit sous un régime que l’on pourrait qualifier d’hybride. La Constitution de 1958 avait été conçue pour tempérer les excès de la démocratie parlementaire par une présidence forte. Mais avec le temps, cette constitution et cette fonction présidentielle construites sur mesure sous l’autorité charismatique du Général De Gaulle se sont transformées en monarchie élective, soumise au jeu de l’opinion et à la logique médiatique. Emmanuel Macron incarne cette involution : il n’est plus le garant d’un ordre stable, mais le produit d’une société individualiste et technocratique où l’autorité ne repose plus sur la vertu, mais sur la gestion et le jeu des apparences.

Sous la Ve République tardive, le pouvoir n’est donc plus exercé au nom d’un idéal collectif, mais au nom d’une compétence économique et financière supposée, au service d’une vision technolibérale du monde. C’est une démocratie libérale à son apogée : rationnelle en apparence, mais profondément instable et utopiste, car déconnectée des attaches morales, culturelles, ethniques et spirituelles qui font la cohésion d’une cité.

La démocratie ou démagogie moderne : de la parole à la gestion

Aristote voyait dans la démagogie le moment où les dirigeants, pour plaire au peuple, dissolvent les institutions et se font eux-mêmes les interprètes des passions populaires ou de « l’air du temps » Dans la démocratie libérale moderne, la démagogie a changé de forme : elle ne flatte plus les masses par la parole, mais par la promesse d’une inclusion illimitée, d’un progrès permanent et d’une émancipation sans frontières.
Chaque réforme se présente comme une conquête morale ou un progrès ; chaque opposition est dénoncée comme rétrograde. Or, en cherchant à satisfaire toutes les minorités, la démocratie libérale finit par ne plus servir personne. Le corps politique se fragmente, et la recherche du bien commun disparaît derrière une mosaïque de revendications particulières.

Cette logique d’expansion sans limite, typique du progressisme contemporain, conduit à l’épuisement : tout devient sujet à débat, tout se vaut, et plus rien n’a de fondement partagé. La politique devient gestionnaire, sans transcendance ni vision, et le citoyen se mue en consommateur de droits sans identité ni visage

Les représentants élus sont par conséquent eux-mêmes à l’image de cette société moderne dont il se font les porte-paroles : déracinés et affaiblis. En France tout particulièrement, les individus supposés incarner l’Etat sont le plus souvent manifestement faibles, efféminés et/ou soumis au fanatisme LGBT , traduisant par leur apparence même les méfaits du cancer démocratique.

La confusion entre liberté et autorité

La démocratie libérale, dans sa phase tardive, confond par idéologie liberté et absence de contraintes. Elle nie de façon systématique la fonction éducative du pouvoir politique et réduit la citoyenneté à la satisfaction des désirs individuels. Emmanuel Macron, par sa posture d’éternel centriste, a incarné durant des années cette neutralisation de la politique : une gouvernance sans aucune orientation ni projet hormis le melting-pot, où la communication et le marketing remplacent la décision.

Cette neutralité apparente est en réalité le signe d’un régime qui a perdu le sens de l’autorité légitime. Pour Aristote à nouveau, la cité ne peut durer que si elle repose sur une hiérarchie fondée sur la vertu — c’est-à-dire sur la capacité à gouverner pour le bien commun. Là où cette hiérarchie est abolie, c’est la masse, livrée à ses désirs contradictoires, qui devient la référence suprême. Que l’on songe au degré de contradiction que peut atteindre une telle société, lorsque la masse en question devient sans cesse plus cosmopolite, ignorante et mue par ses plus bas instincts…

La démocratie et le retour de la question de l’ordre

Pendant que les démocraties libérales s’épuisent dans la gestion de leurs contradictions internes, d’autres puissances — qu’elles soient autoritaires ou simplement plus centralisées — cherchent à rétablir une forme d’ordre et de cohésion. Ces régimes, sans être exemplaires, répondent à un besoin fondamental : celui d’une orientation commune, d’un sens partagé du collectif, et le désir de sécurité et d’ordre qui refait surface dans le cœur de nombre de citoyens.

La France, au contraire, paraît s’enfoncer dans la division et le relativisme, conséquence directe d’une démocratie qui s’est confondue avec le culte de l’individu. L’instabilité gouvernementale, la défiance citoyenne et la perte de toute transcendance politique ne sont pas les signes d’un « déficit démocratique », mais bien ceux d’une démocratie libérale parvenue à son stade terminal, celui où la liberté absolue détruit les conditions mêmes de la vie commune.

En Europe, les quelques pays où l’ordre – politique, économique, social ou spirituel – fait son grand retour ont tous en commun un élément déterminant : le choix de l’autorité en lieu et place des chimères démocratiques. En Russie ou en Hongrie, l’on se moque éperdument du « vivre ensemble » puéril porté par les Etats occidentaux et la gouvernance de Bruxelles au mépris des réalités qu’affrontent les citoyens de souche.

La fin inéluctable de la démocratie occidentale

La démocratie libérale, parvenue à son plein accomplissement, a consumé ses propres fondations ; ce qui selon ses promoteurs devait être un instrument d’émancipation s’est révélé être au fil des années un système clos, où la liberté s’épuise dans la dispersion des désirs et l’oubli de toute transcendance. Sous le règne de la masse indifférenciée, la société se délite en une multitude sans direction, et le pouvoir, privé de verticalité, ne gouverne plus : il administre le désordre.

Ce déclin n’est pas seulement politique : il est ontologique, conséquence naturelle d’une cité qui a cessé de chercher le bien, pour ne plus connaître que l’utile. Là où la vertu disparaît, l’ordre extérieur se désagrège, et l’homme moderne, livré à lui-même, ne trouve plus de repères que dans la consommation et la distraction. Le progrès, devenu fin en soi, s’est retourné contre son origine.

Mais du sein même de cette ruine peut renaître une exigence : celle d’un retour à l’ordre, non pas seulement celui des structures imposées, mais celui d’un ordre intérieur, d’une hiérarchie des valeurs retrouvée. Face à la dissolution, il ne s’agit plus de réclamer davantage de démocratie, mais de retrouver une forme de discipline spirituelle, de mesure et de responsabilité, qu’un nouvel ordre politique viendra à terme incarner.

Les démocraties libérales touchent peut-être à leur terme historique. Leur survie ne dépendra pas de nouvelles réformes institutionnelles, mais d’une reconquête du sens : celui du bien commun, du service, et de la grandeur de l’esprit. Là seulement, après le crépuscule de la liberté sans limite, pourra se lever un ordre véritable, conforme à ce que doit être la civilisation européenne.


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